Peut-on vraiment nettoyer le Saint-Laurent?
Chaque minute, l’équivalent d’un camion à ordures rempli de plastique se déverse dans les océans. Face à ce constat, une question s’impose : peut-on vraiment nettoyer nos cours d’eau?
Au Québec, la Mission 1000 tonnes a déjà retiré plus de 780 tonnes de déchets et mobilisé plus de 100 000 personnes lors de corvées de nettoyage à travers la province.
Pour ses organisateurs, il est non seulement possible, mais essentiel d’agir pour préserver la santé et la beauté du fleuve Saint-Laurent.

Ramasser les déchets, oui, mais pas seulement
Ramasser les déchets, c’est bien, mais c’est un peu comme vider un grand bain à la petite cuillère pendant que le robinet continue de couler.
Pour régler le problème à la source, il faut donc aussi comprendre d’où viennent ces déchets. Selon Lyne Morissette, biologiste et chef scientifique de la Mission 1000 tonnes, une grande partie des déchets retrouvés sur les berges sont des plastiques à usage unique qui pourraient souvent être remplacés par des objets réutilisables.
Le défi est immense : seulement 9 % du plastique produit est recyclé.
Les traces du passé sont encore visibles
Nettoyer le fleuve, c’est aussi faire face à plusieurs décennies de pollution. Chaque région porte en quelque sorte sa propre « signature » de déchets.
En Gaspésie, on retrouve notamment des élastiques utilisés dans l’industrie du homard. À L’Isle-aux-Oies, ce sont plutôt des cartouches de chasse.
Dans la région de Rimouski, certaines carcasses de voitures jetées dans le fleuve dans les années 1960 sont encore présentes aujourd’hui.
Les déchets ne disparaissent donc pas par magie. Certains peuvent rester dans l’environnement pendant des décennies.
Pourquoi continuer à nettoyer?
Devant l’ampleur du problème, on pourrait se demander si les corvées de nettoyage font réellement une différence.
La réponse se trouve notamment dans les microplastiques.
Une fois qu’un objet de plastique se fragmente en milliers de petites particules, il devient pratiquement impossible à récupérer. À l’heure actuelle, aucune technologie ne permet de retirer efficacement les microplastiques une fois qu’ils sont dispersés dans l’environnement.
Retirer les gros déchets avant qu’ils ne se dégradent permet donc d’éviter la création de milliers de particules microscopiques.
Comme l’explique Lyne Morissette, ramasser un gros déchet devient alors un véritable « deux pour un » pour la planète.

Plus qu’un nettoyage, une prise de conscience
Chaque corvée de nettoyage des berges demeure un pas important dans la bonne direction.
Son impact ne se mesure pas seulement en tonnes de déchets retirés. Voir de ses propres yeux l’ampleur de la pollution peut aussi provoquer une prise de conscience et amener une personne à revoir certaines de ses habitudes.
Mais pour véritablement « fermer le robinet », les corvées ne peuvent pas être la seule solution.
Comment fermer le robinet?
L’action individuelle doit aussi devenir collective, avec de plus en plus de citoyens qui se mobilisent.
Cela passe également par des mesures et des lois qui encadrent davantage l’utilisation des plastiques à usage unique.
Nettoyer les berges permet de retirer les déchets qui sont déjà dans l’environnement. Mais pour réellement réduire le problème, il faut aussi agir sur la quantité de déchets qui y arrivent.
Ramasser les déchets aide à vider le bain. Réduire notre dépendance au plastique, c’est commencer à fermer le robinet.
*Cet article a été réalisé avec la collaboration de Jimmy Vigneux, chef de l’expédition Saint-Laurent, et de Lyne Morissette, cheffe scientifique de l’expédition Saint-Laurent. *
